L'Espion, Clive Cussler
Grasset - 23 janvier 2013 - 462 pages - 21,50 euros
Je remercie les éditions Grasset pour ce premier partenariat.
Résumé de l'éditeur :
1908. Les tensions entre pays s’exacerbent et le monde semble se diriger tout droit vers la guerre. Lorsqu’un brillant ingénieur naval est retrouvé mort dans son bureau, sa fille, rongée par le chagrin, refuse de croire à l’hypothèse du suicide et fait appel à la légendaire Agence Van Dorn pour laver l’honneur de son père. Bientôt, les morts accidentelles s’accumulent, et il ne fait plus aucun doute qu’un cerveau machiavélique cherche à anéantir les penseurs d’un projet top-secret, Hull 44, fleuron de l’industrie navale américaine… Des bas-fonds de New York à Chinatown, en passant par les chantiers navals du pays qui s’apprête à accueillir la Grande Flotte Blanche de Roosevelt, Isaac Bell va devoir composer avec des espions allemands, britanniques et japonais pour démasquer avant qu’il ne soit trop tard celui qui semble décidé à porter un coup fatal à la Navy…
L'avis de Damien :
L’histoire se déroule au début du XXe siècle alors que les grandes puissances sont déjà lancées dans une course à la modernisation de l’armement, notamment leurs marines. Elle débute alors qu’un espion japonais, Yamamoto se trouve sur les installations américaines et tue un ingénieur. C’est là que l’agence Van Dorn dont fait partie notre héros, Isaac Bell entre en scène. En effet, la fille de la victime ne croit pas à la thèse officielle du suicide et va donc faire mener une enquête.
Le personnage principal est Isaac Bell qui reste le même que dans « La Poursuite » que j’avais déjà chroniqué : attentif au moindre détail, riche, distingué, bel homme… Bref la perfection sans pour autant que ce soit trop et ça devienne énervant. Il est toujours fiancé à la belle Marion Morgan qui s’est lancée dans le cinéma. Ses méthodes n’ont pas changé non plus. Il utilise toutes les armes à sa disposition pour arriver à ses fins : sa locomobile, les armes à feu, l’argent, le charme, le mensonge, le chantage… Il ne recule devant rien tant que ca peut l’aider à progresser.
Comme l’indique le titre du livre, l’intrigue tourne principalement autour de l’espionnage. Cependant elle ne se limite pas à ça. Au départ Isaac s’occupe également de poursuivre des braqueurs de banques. Cette enquête secondaire est assez courte et a surtout pour objectif d’intégrer le personnage de Scully. Au fil de l’histoire s’insèrent également des gangs et des gangsters avec tout ce que ce genre d’individus peut entrainer comme affrontements, trafics et affaires louches. Ces derniers passent même au premier plan vers la fin sans pour autant que l’histoire ne perde de l’intérêt. Au centre de tous les complots, le projet Hull44 sur lequel travaillent les meilleurs ingénieurs assassinés chacun à leur tour et la volonté de discréditer la Navy à une époque ou le gouvernement américain ne lui est pas favorable et ou la domination maritime est un enjeu stratégique majeur.
Le paysage diplomatique et politique est vraiment bien retranscrit et garde sa dimension mondiale. On sent vraiment que tout le monde se prépare à la guerre : les Américains construisent la plus puissante flotte du monde, les Japonais les espionnent tandis que les Allemands prévoient déjà une éventuelle alliance entre les Etats-Unis et l’Angleterre. A cela s’ajoutent des personnages russes, français, chinois… Contrairement à « La Poursuite » où Bell connaissait rapidement l’identité du bandit qu’il poursuivait, ici il se bat contre un peu tout le monde, comprenant les intérêts de chacun sans pour autant connaître sa véritable cible.
Si on est vraiment immergé dans le récit c’est également grâce à la profusion de détails qui permettent facilement de s’imaginer les décors, les vêtements, l’apparence des gens avec cette sensation de regarder un vieux film en noir et blanc. Cette sensation est très agréable, d’autant que ces descriptions sont fidèles à la réalité de l’époque.
Sur la forme du récit, le style est agréable avec des phrases bien formées, sans fautes d’orthographe. Les enchainements entre les passages de dialogue et de récit sont bons tout comme l’intégration des pensées et intentions des personnages ce qui permet une excellente compréhension de l’histoire tout en gardant un coté assez vivant. Il n’y a pas vraiment de passage à vide hormis le voyage en train vers les trois quart du roman que je trouve un peu long et moins intéressant.
Pour ce qui est du dénouement, l’identité du coupable (si on peut véritablement considérer qu’il n’y en a qu’un) est surprenante et l’explication tient véritablement la route. Par ailleurs la forme du récit ne permet pas de découvrir qui il est ou en tout cas quelles sont ses motivations.
« L’espion » a donc été un gros coup de cœur. La précision des descriptions d’une autre époque dans un contexte assez particulier qui précède la première guerre mondiale est particulièrement intéressante. Au-delà, la densité des personnages et des revirements de situations rendent l’histoire passionnante. Je le conseille vivement à tous les lecteurs appréciant les enquêtes et les histoires d’espionnage.
10/10
L’extrait en plus :
« Isaac Bell sortit son petit pistolet à double canon et à deux coups de son chapeau et fit feu sur le troisième gangster, qui s’élançait pour poignarder MacDonald dans le dos. La distance était courte, presque à bout portant. La lourde balle de calibre .44 stoppa net l’élan de l’agresseur, et son couteau lui échappa des mains. Mais alors que les clients pris de panique couraient se mettre à l’abri, le dandy au nez ensanglanté pointait lui aussi une lame sur le ventre de MacDonald. »